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Les Bleues du handball misent sur leur mental pour rebondir vendredi 19 janvier 2018

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Article paru dans La Croix du 3/12/2017

L’équipe de France féminine a entamé samedi 2 décembre les championnats du monde de handball en Allemagne par une défaite surprise contre la Slovénie (23-24). Après leur médaille d’argent aux Jeux de Rio et leur confirmation en bronze à l’Euro fin 2016, les Bleues, qui visent un troisième podium consécutif, devront puiser dans leurs ressources mentales, qu’elles renforcent avec le préparateur Richard Ouvrard.

Toutes les équipes connaissent l’importance d’une entame de compétition. Quand la machine déraille d’entrée, le doute peut s’installer. Et il faut songer à retrouver le fil plutôt qu’à le dérouler pour faire sa pelote de confiance. Les Bleues vont se coltiner l’exercice, piégées qu’elles ont été samedi soir 2 décembre par la Slovénie en ouverture des championnats du monde de handball en Allemagne.

Elles ont perdu d’un petit point (23-24) contre des adversaires qu’elles avaient dynamitées quelques jours plus tôt en match amical. Le faux pas est étonnant. Raison de plus pour puiser dans les ressources mentales du groupe. Un bagage que les Bleues s’appliquent à remplir depuis deux ans.

Richard Ouvrard, préparateur mental

Petit retour en arrière. Après la période 2013-2015 achevée par l’éviction du sélectionneur Alain Portes dans une sinistre atmosphère de règlements de comptes extra-sportifs, Olivier Krumbholz, l’historique entraîneur des Bleues (de 1998 à 2013), est revenu aux affaires.

Mais pour effacer la crise, les Bleues ont souhaité mettre toutes les chances de leur côté : les joueuses cadres ont demandé le soutien d’un préparateur mental. Et c’est en juin 2016, à deux mois seulement des Jeux de Rio, que Richard Ouvrard est entré en scène.

Le spécialiste n’en est pas à sa première intervention auprès de champions. Il a déjà collaboré avec les céistes Tony Estanguet et Émilie Fer, ainsi qu’avec le nageur Alain Bernard, tous médaillés olympiques. Mais la prise en charge d’un collectif est une autre affaire.

« L’approche est différente, notamment avec une équipe féminine, explique-t-il. Les filles sont plus empathiques et réceptives aux variations émotionnelles. Les garçons régulent leurs émotions autrement, seuls, en binômes ou en petits groupes, à travers des rites. Les filles ont plus besoin de partager en groupe », assure-t-il.

Séances de travail Après des entretiens d’évaluation individuels, c’est donc avec l’ensemble du collectif que Richard Ouvrard construit ses premières séances. « Toutes, réunies en cercle, s’expriment. Il s’agit de mettre tout à plat pour éviter les interprétations pouvant aboutir à des relations viciées. »

Puis, en fonction des interactions entre les joueuses, l’encadrement et le terrain, le préparateur s’adapte. Il peut passer à un travail plus individuel, nécessitant des exercices basés sur des mots-clés associés à des sensations ou des perceptions en amont du mouvement physique, pour améliorer les conditions de la performance. L’essentiel du travail est réalisé avant la compétition.

« Pendant un tournoi, j’interviens parfois à la mi-temps mais c’est rare, souligne-t-il. J’aide juste au moment des analyses d’après-match à purger certaines informations, pour que les joueuses puissent interroger leurs émotions sous plusieurs angles de vue. »

Elles ont « une exceptionnelle capacité à se redresser »

La formule s’est révélée largement payante à Rio, où les Bleues se sont dépassées pour monter sur la deuxième marche du podium. « Elles ont développé une exceptionnelle capacité à s’enthousiasmer et à se redresser, elles ont généré une solidarité très forte », commente Richard Ouvrard.

Le groupe a su capitaliser sur ces acquis durant l’Euro fin 2016. Et Richard Ouvrard espère que la même dynamique sera à l’œuvre lors de ces Mondiaux : « Au plus haut niveau, il faut se remettre en question à chaque campagne. La performance ne se renouvelle pas, elle se reconstruit. »

Richard Ouvrard se garde cependant de comparer les Bleues à l’équipe de France masculine qui semble embarquer une assurance tous risques sur chacune de ses compétitions. « Nous n’en sommes pas encore là mais une culture est en train de s’installer aussi chez les filles. Reste à stabiliser notre travail. »

« On travaille surtout sur la relation corps-esprit »

À poursuivre, donc, une expérience relativement rare dans le sport collectif. Car la préparation mentale inquiète encore, dirigeants, sportifs et grand public confondant préparation et psychiatrisation.

« Ce qui est de la dimension psychologique génère toujours des peurs, regrette Richard Ouvrard. Comme si on remuait essentiellement les méninges, alors qu’on travaille surtout sur la relation corps-esprit, sur des représentations mentales modifiant des postures cognitives pour permettre aux joueuses de renforcer leur savoir-faire singulier. On ne change pas quelqu’un, pas plus qu’on ne modifie sa technique. On renforce et on favorise l’expression de ses points forts », insiste-t-il.

Et des points forts, le collectif tricolore en compte suffisamment pour rebondir après la déconvenue face à la Slovénie. « Je sens bien ce groupe, conclut l’expert, les filles ont faim et vraiment envie d’aller très loin. »

Le dernier carré comme objectif

Les Bleus ont pris goût aux podiums. En Allemagne, le sélectionneur Olivier Krumbholz a fixé un objectif clair : au moins les demi-finales. La défaite inaugurale contre la Slovénie complique la donne. Les Bleues devront redoubler d’efforts pour sortir premières de leur groupe A à six équipes – dont les plus menaçantes sont l’Espagne (le 7 décembre) et la Roumanie (le 8 décembre) –, histoire de se ménager un huitième de finale favorable contre le quatrième du groupe B.

par Jean-Luc Ferré

Par Coaching Andante

Comment les handballeuses françaises ont braqué le monde

Article paru dans Le Monde du 18/12/2017

Le deuxième titre mondial des Bleues, dimanche à Hambourg, doit beaucoup au retour d’Olivier Krumbholz à leur tête.

Elles ont renversé une montagne. Et à les voir aussitôt en reformer une autre – humaine celle-là – au centre du terrain d’une arène de Hambourg subitement muette, les joueuses de l’équipe de France de handball en avaient bien conscience. En l’emportant (23-21) face à la Norvège, dimanche 17 décembre, au terme d’une finale du championnat du monde haletante, les Bleues ont épinglé à leur poitrine une seconde étoile mondiale, après celle de 2003.

« On est champions du monde contre une équipe qui, paraît-il, était imbattable », a relevé le sélectionneur français, Olivier Krumbholz, se félicitant du « grand match » de ses ouailles. Soixante minutes durant, Bleues – en blanc – et Rouges se sont livré une lutte de haute volée pour le gain de la partie. Arrêts improbables, tirs imparables et défenses impénétrables : les deux équipes se sont mises au diapason de l’enjeu de la rencontre.

Car les coéquipières de la capitaine Siraba Dembélé étaient opposées à ce qui se fait de mieux dans le handball féminin : avec vingt médailles, dont douze d’or, remportées depuis deux décennies, les joueuses de l’Islandais Thorir Hergeirsson survolent la discipline, à l’instar des Français chez les hommes. Tenantes du titre mondial, elles avaient jusque-là survolé la compétition, prenant chacun de leurs adversaires à la gorge et creusant un rapide écart grâce à un jeu tout en mouvement.

« Obsession de l’excellence »

Face aux Bleues, elles ont tenté de dérouler cette même stratégie de rouleau compresseur en première période. Mais en 2017, il était écrit qu’à la fin des finales mondiales entre l’Hexagone et le pays des fjords, c’est l’équipe de France qui l’emporterait : onze mois après le triomphe des Experts à Paris face aux Norvégiens, leurs homologues féminines les ont imités à Hambourg.

« LE HANDBALL, OUTRE LE PHYSIQUE ET LA TECHNIQUE, ÇA SE JOUE DE PLUS EN PLUS AU MENTAL » PHILIPPE BANA, DIRECTEUR TECHNIQUE NATIONAL!!!

Il est assez logique que ce soit en handball, sport collectif qui lui fournit le plus de breloques de métaux variés, que la France devienne pour la première fois double championne du monde la même année, tant chez les femmes que chez les hommes. Il faut remonter à 1982 et à l’Union soviétique pour trouver trace d’un précédent en handball.

Un tel doublé « n’est pas un accomplissement final », nuance le directeur technique national, Philippe Bana. Architecte de la réussite du handball français, il assume « l’obsession de l’excellence » de son sport qui, insiste-t-il, « est venu de nulle part et ne veut jamais y retourner ». Aussi planche-t-il déjà sur les prochaines échéances, à commencer par l’Euro 2018, où les Françaises étrenneront leurs galons de championnes du monde à domicile.

De l’expérimentée Alexandra Lacrabère, qui a inscrit le but final face aux Norvégiennes, à la verticalité insouciante de la jeune Orlane Kanor (20 ans), auteure de deux buts cruciaux en fin de partie, la quasi-totalité de l’équipe a été mise à contribution par Olivier Krumbholz au cours du tournoi. Que les Françaises avaient entamé par une défaite surprise face à la Slovénie avant une montée en puissance progressive.

« Sérénité à toute épreuve »

« Il a beaucoup fait tourner dès l’entame de la compétition et a impliqué les jeunes, souligne Véronique Pecqueux-Rolland, pivot des championnes du monde 2003. Et aujourd’hui, Kanor marque deux buts exceptionnels. Il a reposé les cadres, et ça a créé une vraie complémentarité entre toutes ces filles. Tout le monde a contribué, et c’est ce qui fait qu’il y a ce titre au bout. » Après leur médaille d’argent aux Jeux de Rio, et le bronze à l’Euro qui a suivi, la réussite des Bleues ne surprend pas Philippe Bana. Après plusieurs campagnes infructueuses et un Mondial 2015 achevé sur une piteuse 7e place et dans une ambiance délétère, « ces filles sont venues en 2016 nous dire : “On veut bien devenir copropriétaires du handball féminin, mais il faut nous aider”, se souvient le DTN. Et elles ont ciblé beaucoup de détails à améliorer. »

Outre le retour d’Olivier Krumbholz, écarté en 2013 pour manque de résultats, les joueuses demandent alors l’apport d’un préparateur mental. Richard Ouvrard rejoint alors les Bleues. Il explique conseiller les joueuses de façon individuelle, mais avoir également « pour mission de faciliter la discussion entre elles, en travaillant sur la cohésion du groupe ». Remercié par Allison Pineau après la victoire des Bleues, le coach mental se félicite de faire « aujourd’hui partie intégrante du staff technique ».

« Son travail a été très utile, abonde Philippe Bana. Car le handball, outre le physique et la technique, ça se joue de plus en plus au mental. » Et de prendrepour exemple l’entame de seconde période, où, « en double infériorité numérique, les filles ont dégagé une sérénité à toute épreuve ».

« Celui-là, on le met au fond, et après on défend comme des malades. » A trois minutes de la sirène finale, et alors que son équipe menait d’un but, Olivier Krumbholz a eu ces mots. Puis il a laissé ses joueuses débattre de la tactique à adopter. Pour qui a connu le Lorrain plus éruptif qu’un volcan islandais et guère enclin à partager le pouvoir, la métamorphose est totale. « Voilà une chose qui aurait été difficilement envisageable à notre époque », valide Valérie Nicolas, qui gardait les cages françaises en 2003.

Objectif Euro 2018

Ecarté de l’équipe entre 2013 et 2016, Olivier Krumbholz a mis à profit ce temps pour faire évoluer sa pratique. « Quand il est revenu, il avait compris beaucoup de choses », révèle Philippe Bana, notamment « la nécessité de collaborer avec les athlètes ». Converti à un management collaboratif, le Messin est davantage à l’écoute. « Je ne pense pas qu’il ait changé, mais il s’est bonifié, développe Richard Ouvrard. Et il a une part très importante dans la réussite de cette équipe, grâce à sa curiosité et son évolution. »

« COMME NOUS, LES FILLES ONT FONDÉ LEUR VICTOIRE SUR LA DÉFENSE, ET ÇA A MARCHÉ UNE NOUVELLE FOIS » VALÉRIE NICOLAS, CHAMPIONNE DU MONDE 2003!!!

« Trait d’union entre les équipes championnes du monde en 2003 et aujourd’hui », ainsi que le présente Valérie Nicolas, Olivier Krumbholz a instillé à ces deux collectifs la défense agressive qui caractérise son style. « Comme nous, les filles ont fondé leur victoire sur la défense, avec cet objectif de détruirel’adversaire, et ça a marché une nouvelle fois, en empêchant les Norvégiennes de dérouler leur jeu si efficace », observe la consultante de la chaîne BeIN Sports.

« Venant de toute la France, des grandes villes, de la campagne, des outre-mers ou avec des origines étrangères », ainsi que le résume Philippe Bana, les joueuses de l’équipe de France ont remarquablement assuré la promotion de l’Euro 2018. Devant son public, elle aspirera à remporter son premier titre continental et à réussir ainsi un doublé que seule la Norvège a déjà réalisé chez les femmes, en 2016. Mais les Françaises l’ont prouvé, abattre les montagnes ne les effraie pas.

Par Coaching Andante